comme un poisson dans l'eau souillé, 2
Je me rends au travail. On peut pas dire que "je vais au boulot", ce n'est pas l'impression que j'ai. Toutes mes actions s'apparentent à un petit jeu sans responsabilité. Je rentre dans l'édifice, dis bonjour au gardien, je prends l'ascenseur. J'appuie sur le huit. Je contemple par jeu de miroirs interposés les cheveux à l'arrière de mon crâne, la coupe à la tondeuse s'avère tout compte fait plutôt désuète. Je pousse la porte. J'adresse un salut général, à tout le monde, à personne. je vais ranger mon déjeuner dans le frigo. Je me sers deux verres d'eau, l'un rempli, l'autre à moitié pour faire cendrier. Je m'assois à mon bureau, j'allume mon ordinateur. Aujourd'hui, je vais tomber amoureux d'une fille qui travaille face à moi, au fond de la salle, à mesure que je lirai mon roman. J'ai choisi d'associer cette fille au protagoniste féminin du bouquin (La vie est ailleurs, de Kundera). Et ca peut paraître con, mais comme la fille du roman m'émeut pas mal, la fille en face m'émeut également. Elle est mignonne. Elle a des gestes de petites filles. On se jette des coups d'oeil. C'est tout ce que je sais faire. Si la fille n'entreprend rien, c'est donc perdu.
Retour du boulot à pied dans la nuit, tranquillement, en hosmose avec la ville dormante. Détour par chez Anita. Montée dans la tour de Babel. Arrivée dans l'entrée de l'appartement. Le courrier gît sur la table, à côté du téléphone. Le carnet n'a pas changé de place.



